Mémoires du Futur, la collection Olbricht

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Médecin de profession, grand collectionneur d’art, originaire d’Essen en Allemagne, Thomas Olbricht a créé il y a deux ans un nouveau lieu dédié à l’art contemporain à Berlin, Me collectors room, pour y présenter des expositions temporaires, à l’instar de la Maison Rouge, ainsi que certaines pièces de sa collection de manière permanante.

Regroupant plus de 2 500 oeuvres, la collection Olbricht est l’une des plus importantes d’Allemagne. Mais sa spécificité réside surtout dans la diversité de ses trésors, puisqu’elle couvre plus de 500 ans d’histoire, du XVI° siècle à nos jours. Elle concerne également tous les mediums, de la gravure à la photographie, de la peinture à l’huile à l’installation, en passant par la sculpture sur ivoire ou la vidéo.

Ce voyage que le collectionneur a choisi de faire dans l’histoire de l’art, il le mène à partir de thématiques fortes qui structurent ses choix, traversent toute la collection et lient les oeuvres entre elles malgré leurs différences de date, de medium, de statut : la mort et sa représentation, la vanité des choses, la religion catholique, la guerre, la fragilité et la beauté du corps féminin, le regard des artistes sur l’étrange et le merveilleux, rendent cette collection unique et hautement troublante.

L’une des caractéristiques les plus frappantes de cette collection est la reconstruction d’une Kunst und Wunderkammer (un cabinet d’art et de curiosités). Prototype de l’idée occidentale du musée à la Renaissance, collection d’objets spécifiques, assemblés en fonction de certains critères, comme l’émerveillement et la connaissance, la tentative d’approcher le monde dans la compréhension des corrélations entre art, nature et science.

S’y retrouvent des matériaux naturels organiques ou minéraux, de précieux modèles anatomiques miniatures, des instruments de mesures originaux, des outils chirurgicaux autant que des objets d’art, avec un focus particulier sur les memento mori, objets représentant crânes et squelettes, aussi bien en ivoire, qu’en coquille de noix ou en bois et corail, dont le but essentiel au-delà de la prouesse artistique, était de rappeler à l’homme qu’il est mortel.

Par ailleurs, Thomas Olbricht réunit depuis une vingtaine d’années un autre ensemble qu’il aime à présenter en parallèle à cette collection historique : sa collection d’art contemporain. Éclectique dans ses choix, qui ne sont portés que par sa passion, le collectionneur boulimique rassemble des artistes reconnus par l’histoire de l’art et parfois le marché, et des jeunes inconnus du monde entier : Robert Capa, Maurizio Cattelan, Jake et Dinos Chapman, John Currin, Desirée Dolron, Laurent Grasso, Kendell Geers, Julie Heffernan, Damien Hirst, David LaChapelle, Kate MccGwire, Ron Muek, Vik Muniz, Pierre et Gilles, Marc Quinn, Gerhard Richter, George Shaw, Cindy Sherman, Floria Sigismondi, Mark Ryden

La visite de l’exposition Mémoires du Futur constitue une expérience dont l’on ne ressort pas indemne. Outre l’impact esthétique des quelques cent-cinquante oeuvres sélectionnées, leur portée culturelle et leur force d’expression bouleversent et dérangent. Pour ma part, j’ai découvert là des choses auxquelles je suis profondément sensible, des oeuvres fortes que l’on reçoit comme un coup de poing en plein ventre. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant deux sublimes pièces de Kate MccGwire, dont je vous parlais ici pas plus tard que cette semaine ! Puis, au détour d’une salle, l’Angel of Meat de Mark Ryden, que j’ai reçu comme un délicieux choc (car voilà plus de cinq ans que l’on n’avait plus rien vu de cet artiste à Paris). Je ne vous cache pas que certaines oeuvres contemporaines paraîtront sacrilèges aux visiteurs les moins préparés, notamment Sex I des frères Chapman ou Mirage de Marc Quinn, mais pour les amateurs de la mouvance Young British Artists, dont je fais partie, ce sera une vraie joie que de voir en un seul lieu tant de ses plus brillantes figures réunies.

Je suis ressortie de la Maison Rouge vivifiée, portée par une allégresse qui n’allait me quitter que plusieurs heures plus tard. Il y avait bien longtemps qu’une exposition ne m’avait autant captivée. Je ne saurais que trop vous conseiller d’aller la voir, pas seulement pour sa teneur artistique mais aussi pour l’intérêt culturel, historique et scientifique qu’elle représente. Et j’espère que les plus charmés feront un tour en sortant à la librairie juste à côté afin d’investir dans le catalogue de l’exposition et de prolonger un peu à la maison la fameuse expérience…

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Mémoires du Futur, la collection Olbricht

Commissaire : Wolfgang Schoppmann

du 22 octobre 2011 au 15 janvier 2012

à la Maison Rouge / Fondation Antoine de Galbert

10 Boulevard de la Bastille 75012 Paris

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http://www.lamaisonrouge.org/

Photos Fanny G. © roughdreams.fr

All images courtesy des artistes & Collection Thomas Olbricht © me Collectors Room Berlin

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