Studio Visit | Sailor RaFFy

14
C’est dans son « cabinet » que nous rencontrons Sailor RaFFy, artiste-tatoueuse et magicienne de l’aiguille. Pratiquant le hand-poke, elle dresse un univers sensible où la magie se mêle à l’astronomie, dans une envolée de couleurs acidulées. Entretien.

Javel : Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Sailor RaFFY : J’ai suivi des études d’arts où j’ai développé une pratique de dessin, d’installation et de performance, j’ai travaillé l’espace et les objets toujours dans un souci d’adresse direct à l’autre avec une obsession du détail. Puis je suis passée au corps lui-même, à la peau avec le tatouage.

Les voyages, la rencontre avec l’autre (différentes cultures, esthétiques…) ont nourri ma pratique et mon approche artistique.

Je me suis intéressée aux origines du tatouage et modifications corporelles dans diverses parties du monde tout en me questionnant sur ce qui pousse tant de gens différents à se faire tatouer aujourd’hui dans notre société occidentale, au renouveau de cette pratique ces dernières années.

Puis j’ai pris l’aiguille en main (juste l’aiguille! sans machine) afin de pratiquer le hand poke.

Quelle est ton approche du tatouage ?

Transformer son corps me fascine depuis longtemps, la peau serait l’espace physique et symbolique où se lient corps, âme et esprit, le tatouage un moyen de s’incarner en toute liberté et pleine conscience. de jouer aussi sur l’apparence et le regard.

Se faire tatouer est une expérience personnelle, unique. Il s’agit d’un échange.

Ma technique est douce, point par point sans machine, sans bruits, sans vibrations électriques, s’inspirant de procédés traditionnels. J’aime le rendu plus « artisanal » où l’on sent la main humaine qui a réalisé la pièce.

La connexion avec la personne que je tatoue est importante pour moi, je ressens ainsi l’énergie qui passe entre nous.

15

Peux-tu nous décrire ton processus créatif ?

J’ai décidé de tatouer sans machine pour la simplicité de cette méthode. Le temps importe peu, le geste est répétitif et offre un moment de calme, de plaisir, crée une bulle avec le tatoué. C’est aussi moins douloureux ce qui est très agréable!

Mon esthétique et style graphique découle de la pratique de mes outils : juste l’encre et l’aiguille. J’aime travailler la finesse des variations de points avec les lignes du corps. Un tattoo peut avoir de la force sans pour autant être très « rempli » ou très grand mais s’imposer par sa délicatesse : c’est un défi pour moi.

D’où te vient ta passion pour l’astronomie?
Une passion d’enfant, une obsession même. Je dévorais des ouvrages vulgarisés et revues d’astronomie que je demandais à ma mère de m’acheter. Je voulais connaître et comprendre notre système solaire, les étoiles, les galaxies, les trous noirs… Saisir pourquoi et comment tout ça existe et interagît. J’essayais de saisir comment se tirent les ficelles de l’espace au-delà des apparences. Le lointain cosmique, son immensité et sa beauté insaisissable me fascinaient mais c’est beaucoup plus tard, adulte que le ciel m’a fait rêver et que  j’ai développé une approche plus poétique et métaphorique des étoiles.
Comment articules-tu dessin sur papier et dessin sur la peau?
J’imagine le dessin pour la peau, comme s’il allait s’animer. Je dessine en pensant que le motif va s’incarner et être en mouvement. Telle forme s’intégrera mieux à tel ou tel endroit, j’aime jouer avec les lignes et volumes du corps, des tattoos qui se laissent deviner.

3

Ton projet « constellations » est à la fois un projet artistique et un projet très concret de tatouages mais avec une dimension presque magique. Peux-tu nous en parler?

Bien sûr!

Il y a 88 constellations dans le ciel selon le monde occidental. Le projet consiste à tatouer ces 88 constellations sur 88 personnes différentes. C’est un work in progress, la moitié est réalisée à ce jour. Chaque constellation se mue en un tatouage unique, choisi et incarné ces 88 personnes. Le tout : une carte du ciel vivante et intime, multiple, libre, en mouvement constant, les individus reliés les uns aux autres par ce projet qui les unit.

Chaque constellation est une rencontre puis une expérience à deux : le moment du tatouage. Le rituel se répète mais toujours particulier, spécial. Chacun s’approprie la constellation de son choix, sa forme et son histoire. Les formes des constellations, sans frontières précises et délimitées permettent de jouer avec les lignes du corps, s’y adapter pour s’y loger harmonieusement.

Des profondeurs du ciel à celle de la peau, juste une aiguille pour faire le lien, dans l’intimité des étoiles.

Quelles sont tes plus grandes sources d’inspiration ?

Les cartes maritimes et célestes anciennes, les tattoos ancestraux et pratiques rituelles partout dans le monde, les ouvrages d’astronomie populaire, beaucoup de livres pour enfants (j’ai encore les miens… ), l’art et l’esthétique japonais très raffinés, les icônes russes, l’art populaire mexicain, mes amis…

Quels sont tes projets à venir?

Aujourd’hui en parallèle de mon activité de tatoueuse et d’artiste je reprend des études en médecine traditionnelle chinoise/acupunture pour acquérir une connaissance énergétique précise du corps, aiguiser ma pratique artistique, lui conférer une plus large cohérence, toujours au plus près des client-e-s. Je serai également en guest dés janvier au salon de Karl Marc qui ouvre ses portes à Paris « Hand Made Fine Tattoo »

Et toujours des voyages plein la tête… je me laisse guider et surprendre par les rencontres.

Médecine chinoise, tatouage, broderie. Tu entretiens décidément un rapport très fort à l’aiguille. Peux-tu nous en dire plus?
C’est comme une arme douce ou plutôt une baguette magique! Pour transformer, apporter du soin. Aussi dans l’exécution, cela se manie avec calme, précision et concentration. On ne pique pas n’importe où n’importe comment.

Photos © Javel / Roughdreams.fr

+

http://sailorraffy.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *