Jérôme Zonder | Fatum

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Il y a trois ans, nous vous présentions le travail labyrinthique du dessinateur Jérôme Zonder, dans le cadre d’un reportage photo à son atelier et d’un long entretien (lire). L’artiste travaillait à l’époque sur une fresque monumentale, qui allait être présentée au Lieu Unique à Nantes. Ses projets d’exposition depuis, chaque fois plus ambitieux dans leur scénographie, n’avaient cessé de nous impressionner. Une grande partie de sa production de ces dix dernières années est actuellement exposée à la maison rouge où Jérôme Zonder présente sa première rétrospective monographique institutionnelle, titrée Fatum*.

Ce n’est pas le destin mais bien le travail, obsessionnel et acharné, qui mène aujourd’hui l’artiste à investir les murs prestigieux de la fondation parisienne. Plus qu’un aboutissement, cette rétrospective sonne comme un véritable coup de maître qui risque de laisser une impression durable sur les visiteurs. Il y a l’œuvre d’abord, intense et violente, grandiose de par son ambition. La technique ensuite, foisonnante et dont le spectre donne des sueurs froides. A croire que l’artiste a expérimenté toutes les manières d’utiliser tous les médiums du dessin et tous les styles. Il les survole, les confronte et les régurgite aujourd’hui  avec une aisance insolente. Enfin il y a la mise en scène-même de l’exposition, immersive, qui nous donne l’impression d’évoluer dans le cerveau de l’artiste. Car du dessin, il n’y en a pas qu’accroché aux murs, délimité par le périmètre du papier et enfermé par les baguettes du cadre. Non, au contraire le dessin s’infiltre du sol au plafond, envahit les murs avoisinants et happe le visiteur dans les profondeurs de ses gradations de noirs.

De salle en salle, Zonder déroule le fil d’une histoire tentaculaire, où les personnages conversent et s’entremêlent, où les enfants grandissent et délaissent leurs jeux dangereux pour les amours adolescentes. Au détour de cette narration continue apparaissent ses figures tutélaires : Charles Bukowski, Paul McCarthy, Rogier Van der Weyden, Charles Burns, James Ensor. Qu’il se réfère aux grands maîtres de l’art et de la BD, ou à la grande Histoire, Jérôme Zonder à sa suite nous entraîne dans une ancestrale et interminable spirale d’amour et de violence. On en redemande.

(* »Destin » en latin)

Photos : Javel & FG / Roughdreams.fr

Informations pratiques

Jérôme Zonder – Fatum
Du 19 février au 10 Mai 2015

à la maison rouge – fondation antoine de galbert
10, Boulevard de la Bastille
75012 Paris

tél. +33 (0) 1 40 01 08 81
info@lamaisonrouge.org
www.lamaisonrouge.org

Evénement lié

Jeudi 26 mars 2015 à 19h
Le dessin aux limites, dialogue entre Jérôme Zonder et Léa Bismuth

Au cours de la discussion, Jérôme Zonder et Léa Bismuth reviendront en images sur le parcours de l’artiste et les aspects essentiels de son œuvre, du dessin à sa mise en espace. Le dialogue s’orientera sur les références de l’artiste, ses emprunts à la bande dessinée, à l’histoire de l’art et au cinéma, ce qui permettra de saisir au plus près ce qui fait l’amplitude de cette traversée des violences historiques et contemporaines. Léa Bismuth est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante.

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